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Vieillissement au Maroc : du constat à la réalité du terrain. Entretien avec Mounia Abidi par Jean-Marie Carrara


Pr Jean-Marie Carrara
Mercredi 9 Septembre 2026


À Agadir, le vieillissement n’est plus une projection statistique mais une réalité quotidienne. Tandis que l’analyse de Jean‑Marie Carrara éclaire les enjeux nationaux de l’économie du soin au Maroc, l’expérience de terrain révèle une transformation déjà en marche : nouvelles attentes des familles, besoin de professionnels formés, émergence de structures adaptées. Au croisement de ces mutations, il s'est entretenu avec une professionnelle engagée, Mounia Abidi, qui nous explique comment son parcours, né au chevet des patients, l’a conduite à bâtir au Maroc un projet gériatrique pensé pour accompagner les aînés autrement.



Vieillissement au Maroc : du constat à la réalité du terrain. Entretien avec Mounia Abidi par Jean-Marie Carrara
Entre la France et le Maroc, Mounia Abidi a construit un parcours solide dans le médico‑social. D’abord soignante, puis directrice des soins et responsable multi‑sites d’EHPAD, elle acquiert une maîtrise fine de la gériatrie, du management et du recrutement. Forte de seize années d’expérience, elle crée AHR Médical pour accompagner les établissements dans leur gestion des talents, avec une approche centrée sur l’humain.
Elle mène aussi des audits, des missions de transition et développe un projet de résidence seniors au Maroc, tout en nouant des partenariats pour renforcer les solutions d’intérim. Son engagement dépasse l’activité professionnelle : avec Precious Morocco, elle soutient les foyers logements pour personnes âgées. Entre innovation, solidarité et exigence de terrain, elle œuvre à améliorer la qualité de vie des résidents et à soutenir les équipes des deux côtés de la Méditerranée.

Son témoignage vient compléter l'article de Jean-Marie Carrara "
Vieillissement marocain et économie du soin : opportunités stratégiques et risques pour les entreprises européennes "

Vous êtes engagée dans la gériatrie depuis très longtemps. D’où vient cette volonté de créer votre propre structure au Maroc ?

Mon histoire avec la personne âgée a commencé à 18 ans, lors de ma première mission d’intérim alors que j’étais étudiante infirmière. C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de créer un jour mes propres établissements. J’ai d’abord voulu acquérir de l’expérience, puis, lorsque je me suis sentie prête, j’ai parcouru le Royaume pour réfléchir au meilleur endroit pour me lancer.

C’est finalement Agadir, notamment sur les conseils de l’ancienne vice-présidente de l’Union des Français de l’étranger, qui m’a convaincue. Nous avons commencé par l’aide à domicile et l’accueil de jour avec l’agence Ima Care ; aujourd’hui, la résidence est en cours.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

La principale difficulté est l’humain : trouver des personnes qui ont véritablement la vocation de travailler auprès des personnes âgées. On peut former aux techniques, mais il faut d’abord avoir l’envie de prendre soin de l’autre. C’est pourquoi nous développons la formation en interne.

Il faut aussi faire évoluer les habitudes : au Maroc, l’aide à domicile et surtout la prévention ne sont pas encore des réflexes largement installés. Pourtant, les modes de vie changent et les familles auront de plus en plus besoin de solutions complémentaires.

Votre expérience rejoint l’analyse récente que je viens de réaliser. Quel regard portezvous sur cet article ?

Je me suis beaucoup retrouvée dans votre analyse. Il montre que le vieillissement va devenir un véritable enjeu de société au Maroc. Sur le terrain, nous constatons déjà cette évolution.

Le sujet ne concerne pas seulement les résidences: il faut penser à tout le parcours, de la prévention à l’aide à domicile, à l’accueil de jour, à l’accompagnement des aidants et, lorsque cela devient nécessaire, à la résidence. Votre analyse décrit finalement une transformation que nous commençons déjà à vivre à Agadir.
 

Comment voyez-vous l’avenir du secteur au Maroc ?

J’espère que dans cinq ans, le marché sera beaucoup plus mature et que plusieurs établissements de qualité auront vu le jour dans différentes régions du Royaume. Il faut surtout développer une véritable culture de la prévention et proposer plusieurs solutions aux familles selon les besoins de la personne âgée.

Notre ambition est de participer à cette évolution et de montrer qu’il est possible d’associer professionnalisme, qualité, humanité et respect des réalités culturelles locales.

Une dernière chose : votre principale fierté dans cette aventure ?

Ma principale fierté, c’est ma ténacité. J’ai rencontré des obstacles et parfois de mauvaises rencontres, mais je ne lâche rien. Je crois profondément en ce projet et à la nécessité de mieux accompagner nos aînés.

Nous sommes encore au début de cette histoire au Maroc, et j’espère contribuer, à mon niveau, à faire évoluer le regard porté sur le vieillissement et sur la personne âgée.

Mounia Abidi, merci d'avoir répondu à nos questions !


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Entretien réalisé par

Docteur en Pharmacie, diplômé de Biologie Humaine, DESS d’Administration des Entreprises, DESS de Finance et de Fiscalité Internationales.auditeur en Intelligence Économique et Stratégique à l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), le Professeur Jean-Marie CARRARA est d’abord attiré par la santé de l’Homme puis par celle des entreprises qui relève de la même exigence. Son expérience longue et variée, géographiquement et sectoriellement, lui a appris à lire une situation dans son ensemble dans le but d’en anticiper l'évolution avant que la situation ne s'impose.— pour y apporter une réponse performante.
Gardez le contact :  www.sicafi.eu

Vieillissement au Maroc : du constat à la réalité du terrain. Entretien avec Mounia Abidi par Jean-Marie Carrara