J.S. : Nous avons découvert le concept d’antifragilité par l’intermédiaire de François Cazals qui la définit comme la capacité non seulement à résister ou à s’adapter aux chocs, mais à en sortir renforcé. Appliquée à l’information, cette promesse est séduisante. Mais comment démontrez-vous qu’une organisation devient réellement plus « antifragile » face à la désinformation ou aux campagnes d’influence, plutôt que simplement plus vigilante ou mieux formée ? Où placez-vous la frontière entre un concept opératoire et un habillage intellectuel de bonnes pratiques de veille ? Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?
Mickaël Réault : La cybersécurité est un bon parallèle avec les risques informationnels : au-delà des protections technologiques en place, la protection et la sécurité d’une organisation dépend en grande partie du niveau de sensibilisation, de formation et de pratique des collaborateurs. Pour s’entrainer les directions IT mettent en œuvre des campagnes de fausses attaques permettant de mesurer le niveau de vigilance et d’alerter les équipes qui tombent dans le piège dans un but pédagogique.
Au-délà des bases théoriques, c’est en effet par la pratique et le debriefing que les compétences qui permettent de savoir reconnaître rapidement les techniques des attaquants peuvent s’acquérir. « La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information » disait Albert Einstein.
La frontière se situe donc dans ce que l’on fait de la perturbation après l’avoir rencontrée. Être vigilant permet de repérer une information suspecte. Être robuste permet de résister à ses effets. Une démarche antifragile cherche à tirer de cet épisode un apprentissage qui améliore durablement les réflexes et les analyses suivantes. Prenons un exemple simplifié : une équipe de veille découvre une accusation concernant son secteur, reprise par huit médias. Elle pourrait considérer ces reprises comme autant de confirmations. En remontant les liens, elle constate pourtant qu’elles reposent toutes sur une même dépêche, elle-même issue d’une source intéressée.
Vérifier l’information et corriger la synthèse constitue une première réponse. La démarche antifragile va plus loin : conserver la chronologie, cartographier les relais, comprendre pourquoi cette information a semblé crédible et modifier les critères de validation. Lorsqu’une nouvelle campagne se produira, l’équipe saura mieux distinguer le nombre de publications du nombre de sources indépendantes ainsi que les différents patterns d’une campagne. La tentative d’influence devient également une information à analyser afin de la « faire parler » : que révèle-t-elle des acteurs, de leurs intérêts, de leur calendrier et des comportements qu’ils cherchent à provoquer ? Il faut bien sûr documenter et challenger ces hypothèses, sans attribuer une intention sur la base d’un simple soupçon.
Pour démontrer un progrès, il faudrait alors observer des changements dans la durée : une meilleure traçabilité, une détection plus précoce des campagnes, des réflexes individuels renforcés, des améliorations concrètes intégrées aux méthodes d’analyse. L’auto-diagnostic proposé sur le site Veille-Antifragile.fr ne vise pas à démontrer qu’une organisation est devenue antifragile. Il sensibilise et donne des repères pour s’engager dans cette démarche. Sans transformation des pratiques et une démarche itérative de la part des participants, l’antifragilité resterait un concept effectivement.
Au-délà des bases théoriques, c’est en effet par la pratique et le debriefing que les compétences qui permettent de savoir reconnaître rapidement les techniques des attaquants peuvent s’acquérir. « La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information » disait Albert Einstein.
La frontière se situe donc dans ce que l’on fait de la perturbation après l’avoir rencontrée. Être vigilant permet de repérer une information suspecte. Être robuste permet de résister à ses effets. Une démarche antifragile cherche à tirer de cet épisode un apprentissage qui améliore durablement les réflexes et les analyses suivantes. Prenons un exemple simplifié : une équipe de veille découvre une accusation concernant son secteur, reprise par huit médias. Elle pourrait considérer ces reprises comme autant de confirmations. En remontant les liens, elle constate pourtant qu’elles reposent toutes sur une même dépêche, elle-même issue d’une source intéressée.
Vérifier l’information et corriger la synthèse constitue une première réponse. La démarche antifragile va plus loin : conserver la chronologie, cartographier les relais, comprendre pourquoi cette information a semblé crédible et modifier les critères de validation. Lorsqu’une nouvelle campagne se produira, l’équipe saura mieux distinguer le nombre de publications du nombre de sources indépendantes ainsi que les différents patterns d’une campagne. La tentative d’influence devient également une information à analyser afin de la « faire parler » : que révèle-t-elle des acteurs, de leurs intérêts, de leur calendrier et des comportements qu’ils cherchent à provoquer ? Il faut bien sûr documenter et challenger ces hypothèses, sans attribuer une intention sur la base d’un simple soupçon.
Pour démontrer un progrès, il faudrait alors observer des changements dans la durée : une meilleure traçabilité, une détection plus précoce des campagnes, des réflexes individuels renforcés, des améliorations concrètes intégrées aux méthodes d’analyse. L’auto-diagnostic proposé sur le site Veille-Antifragile.fr ne vise pas à démontrer qu’une organisation est devenue antifragile. Il sensibilise et donne des repères pour s’engager dans cette démarche. Sans transformation des pratiques et une démarche itérative de la part des participants, l’antifragilité resterait un concept effectivement.
J.S. : Votre autodiagnostic délivre un indice de maîtrise informationnelle sur 100, un profil, treize dimensions d’analyse et même un indice de calibration. Dans le même temps, vous précisez qu’il ne constitue ni une certification ni une mesure scientifique de la résistance à la manipulation. Dès lors, quelle valeur faut-il réellement accorder au score obtenu, et surtout comment éviter qu'un chiffre aussi précis ne donne à l'utilisateur une illusion de mesure objective de ses compétences ?
Le score doit être lu comme une photographie de ce que la personne déclare de ses pratiques à un moment donné. Les réponses aux 75 items d’auto-évaluation sont ramenées sur 100 donc un résultat de 80 ne signifie pas « 80 % d’antifragilité informationnelle ». Les treize dimensions permettent ensuite d’aller plus loin : une personne peut avoir de bons réflexes de vérification des sources et moins bien identifier la fabrication du doute, ses propres biais ou les effets d’une saturation informationnelle. C’est cette lecture détaillée qui permet par exemple d’identifier un axe d’amélioration prioritaire.
L’indice de calibration apporte un autre éclairage en comparant le score déclaré au résultat obtenu sur dix mises en situation. Un écart peut inviter à s’interroger sur la différence entre connaître un mécanisme et le reconnaître dans une situation concrète. Bien sûr là aussi les dix situations proposées ne représentent pas toute la complexité du réel. Il s’agit de repères pédagogiques qui visent à identifier les réflexes que l’on veut renforcer tout en découvrant potentiellement des mécanismes qui était inconnus.
L’indice de calibration apporte un autre éclairage en comparant le score déclaré au résultat obtenu sur dix mises en situation. Un écart peut inviter à s’interroger sur la différence entre connaître un mécanisme et le reconnaître dans une situation concrète. Bien sûr là aussi les dix situations proposées ne représentent pas toute la complexité du réel. Il s’agit de repères pédagogiques qui visent à identifier les réflexes que l’on veut renforcer tout en découvrant potentiellement des mécanismes qui était inconnus.
J.S. : Vous invitez les utilisateurs à identifier leurs biais, remonter aux sources et mieux comprendre les mécanismes d’influence. Mais dans un environnement où les opérations informationnelles deviennent de plus en plus sophistiquées et où l’IA brouille encore les repères, un autodiagnostic de 12 à 15 minutes peut-il réellement améliorer le jugement ? Ne risque-t-il pas, paradoxalement, de produire de la surconfiance chez quelqu’un qui obtient un bon résultat ? Comment avez-vous intégré ce risque dans la conception du dispositif ?
Mickaël Réault : Veille-Antifragile.fr invite dans un premier temps à lire un livre blanc puis à écouter une conférence avant de se lancer dans l’auto-diagnostic. Cette dernière étape vise à amorcer une prise de conscience des points faibles et forts mais ne suffisent pas à installer une compétence durable. Le parcours constitue donc une porte d’entrée vers un travail qui demande de la pratique, des retours d’expérience et la confrontation à d’autres points de vue.
Le risque de surconfiance existe en tout domaine et nous cherchons à le limiter de plusieurs façons : en confrontant l’auto-évaluation à des mises en situation, en expliquant les réponses et en rappelant les limites du résultat. Même lorsqu’un score est élevé, le parcours invite à maintenir les réflexes sous pression et sur les sujets qui touchent réellement l’utilisateur. Plusieurs questions portent directement sur cette vigilance qui consiste aussi à savoir penser contre soi-même : rechercher ce qui pourrait infirmer ses convictions, ne pas confondre confiance et compétence, réviser une position lorsque les faits changent, etc. Le bilan propose ensuite trois expériences à mener dans les trente jours. L’objectif est ici de prolonger le questionnaire par une mise en pratique immédiate.
Le risque de surconfiance existe en tout domaine et nous cherchons à le limiter de plusieurs façons : en confrontant l’auto-évaluation à des mises en situation, en expliquant les réponses et en rappelant les limites du résultat. Même lorsqu’un score est élevé, le parcours invite à maintenir les réflexes sous pression et sur les sujets qui touchent réellement l’utilisateur. Plusieurs questions portent directement sur cette vigilance qui consiste aussi à savoir penser contre soi-même : rechercher ce qui pourrait infirmer ses convictions, ne pas confondre confiance et compétence, réviser une position lorsque les faits changent, etc. Le bilan propose ensuite trois expériences à mener dans les trente jours. L’objectif est ici de prolonger le questionnaire par une mise en pratique immédiate.
J.S. Peut-être une remarque plus personnelle, une recommandation, un rendez-vous…
Sindup met ce support pédagogique en libre accès, avec un auto-diagnostic sans création de compte, dont le bilan est entièrement généré localement dans le navigateur. J’invite les lecteurs à le découvrir sur www.veille-antifragile.fr, puis à choisir un premier réflexe à mettre à l’épreuve dans leur prochaine analyse !
Personnellement la posture me semble être le point essentiel. Cela revient notamment à prendre du recul pour privilégier la pensée systémique et la vision globale qui permettent de donner du sens et de reconnaître des techniques et schémas mis en œuvre derrière les flots d’information qui nous parviennent. Ensuite il s’agit de se mettre dans une démarche itérative d’apprentissage et d’amélioration continue avec une capitalisation des connaissances.
Partir d’un constat à priori négatif pour se focaliser sur sa zone d’influence, notamment sa propre posture, redonne du pouvoir d’agir au lieu de subir.
Personnellement la posture me semble être le point essentiel. Cela revient notamment à prendre du recul pour privilégier la pensée systémique et la vision globale qui permettent de donner du sens et de reconnaître des techniques et schémas mis en œuvre derrière les flots d’information qui nous parviennent. Ensuite il s’agit de se mettre dans une démarche itérative d’apprentissage et d’amélioration continue avec une capitalisation des connaissances.
Partir d’un constat à priori négatif pour se focaliser sur sa zone d’influence, notamment sa propre posture, redonne du pouvoir d’agir au lieu de subir.
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Sindup publie un nouvel eBook consacré aux enjeux de la désinformation à l’heure de l’intelligence artificielle.
Intitulé « Veille & désinformation à l’ère de l’IA », ce livre blanc propose de remettre en perspective les discours actuels autour de l’IA et de la désinformation.
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Sindup met en libre accès un auto- diagnostic pour développer une veille antifragile
Sindup est une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) spécialisée en veille stratégique et gestion des connaissances. Sa mission est d’aider les organisations à détecter les signaux faibles et les événements importants, qu’il s’agisse de risques ou d’opportunités.
En mettant Veille Antifragile en libre accès, Sindup partage un support pédagogique pour mieux comprendre les mécanismes de l’information en renforçant les capacités de jugement, d’analyse et de prise de décision.
Accès au site : www.veille-antifragile.fr
En savoir plus sur Sindup : www.sindup.com
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