Un tournant stratégique à Paris : le sommet du 26 janvier 2026
Le 3 Février 2026 marque l'entrée de la France dans une ère d'opérationnalité numérique. Réunies à Bercy sous l'égide d'Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, les premières Rencontres de la souveraineté numérique ont acté une rupture définitive avec l'incantation politique pour privilégier l'ingénierie stratégique. Pour les décideurs, cet événement n'est pas une simple conférence institutionnelle, mais le point de bascule vers une doctrine où la technologie redevient un levier de puissance.
La souveraineté numérique est ici définie comme une « boussole » : elle ne se limite pas à la protection des données, elle conditionne la capacité de décision autonome de l'État et des entreprises. Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, elle est le socle sur lequel repose la pérennité de notre modèle économique.
« Les objectifs fondamentaux de cette mobilisation sont clairs : poser un diagnostic lucide sur nos dépendances, présenter des outils concrets de mesure et de pilotage, et enfin, gagner en résilience pour garantir notre autonomie stratégique. »
Cette volonté politique répond à un constat de vulnérabilité systémique où la dépendance technologique n'est plus seulement un risque technique, mais une menace directe sur la liberté d'action nationale.
La souveraineté numérique est ici définie comme une « boussole » : elle ne se limite pas à la protection des données, elle conditionne la capacité de décision autonome de l'État et des entreprises. Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, elle est le socle sur lequel repose la pérennité de notre modèle économique.
« Les objectifs fondamentaux de cette mobilisation sont clairs : poser un diagnostic lucide sur nos dépendances, présenter des outils concrets de mesure et de pilotage, et enfin, gagner en résilience pour garantir notre autonomie stratégique. »
Cette volonté politique répond à un constat de vulnérabilité systémique où la dépendance technologique n'est plus seulement un risque technique, mais une menace directe sur la liberté d'action nationale.
le coût de la dépendance : un impératif de reconquête économique
Le constat dressé par le Cigref est sans appel : la dépendance européenne aux technologies extra-européennes représente un coût de 265 milliards d'euros. Au-delà des chiffres, c'est la mutation du modèle économique qui inquiète les experts en intelligence économique. Le passage de « l'achat ferme » de licences au modèle de « location » généralisée (SaaS/Cloud) a créé un piège structurel. Les entreprises ne sont plus propriétaires de leurs outils ; elles sont des locataires précaires de leur propre infrastructure logicielle.
L'absence de souveraineté expose nos champions à des risques critiques :
L'absence de souveraineté expose nos champions à des risques critiques :
- Vulnérabilités juridiques majeures : l'application des lois extraterritoriales (Cloud Act, FCPA) permet à des puissances étrangères d'accéder à des données sensibles dès lors qu'un outil est opéré par une « U.S. person ».
- Ruptures d'approvisionnement : comme l'a montré la crise des semi-conducteurs, une décision unilatérale d'une nation tierce peut paralyser des filières entières, de l'automobile à la défense.
- Perte de contrôle stratégique : l'incapacité à fixer ses propres standards technologiques et éthiques réduit l'Europe à un rôle de simple consommateur de normes édictées ailleurs.
l'observatoire de la souveraineté numérique : cartographier pour mieux décider
Pour transformer une vulnérabilité invisible en donnée actionnable, l'État a déployé l'Observatoire de la souveraineté numérique. Cet outil de pilotage macroéconomique a pour mission de mesurer précisément le degré de dépendance de chaque secteur vital de l'économie. Il ne s'agit plus de constater, mais de justifier des investissements ciblés et des mesures de protection, comme l'exigence du standard SecNumCloud au niveau européen.
Le pilotage de ces travaux est assuré par une coalition d'entités régaliennes et techniques : la Direction générale des entreprises (DGE), la DINUM (Direction interministérielle du numérique), ainsi que le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan. En lien avec le Baromètre de Souveraineté Numérique (BSN), l'Observatoire permet d'identifier les « trous dans la raquette » technologique pour orienter la commande publique vers des alternatives françaises et européennes. Si l'État doit être exemplaire par ses choix micro-opérationnels, il lui fallait un radar capable d'éclairer la trajectoire des entreprises privées.
Le pilotage de ces travaux est assuré par une coalition d'entités régaliennes et techniques : la Direction générale des entreprises (DGE), la DINUM (Direction interministérielle du numérique), ainsi que le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan. En lien avec le Baromètre de Souveraineté Numérique (BSN), l'Observatoire permet d'identifier les « trous dans la raquette » technologique pour orienter la commande publique vers des alternatives françaises et européennes. Si l'État doit être exemplaire par ses choix micro-opérationnels, il lui fallait un radar capable d'éclairer la trajectoire des entreprises privées.
l'indice de résilience numérique (irn) : un radar de pilotage pour les dirigeants
L'Indice de Résilience Numérique (IRN) comble ce besoin de visibilité opérationnelle. Initié par David Djaïz, Yann Lechelle et le think tank Digital New Deal, l'IRN est un « commun stratégique » mis à disposition des organisations européennes. Il permet d'évaluer la solidité d'une structure face aux chocs numériques par une approche hybride, croisant données quantitatives et culture managériale.
L'IRN ne se contente pas de mesurer une dépendance ; il évalue l'autonomie réelle des équipes à maintenir un système d'information en conditions opérationnelles sans aide extérieure.
| Axes d'évaluation | Critères de mesure |
| Critères Quantitatifs (SI) | Dépenses matérielles et logicielles par origine (Nationale/UE/Extra-UE) ; Géolocalisation des données critiques ; Degré "d'Openness" (Open Source, Open Data, standards ouverts). |
| Critères Qualitatifs (Culture) | Appropriation managériale des risques ; Préparation aux chocs (résilience face au crash numérique) ; Suivi réglementaire ; Autonomie des compétences humaines internes. |
L'IRN ne se contente pas de mesurer une dépendance ; il évalue l'autonomie réelle des équipes à maintenir un système d'information en conditions opérationnelles sans aide extérieure.
une coalition de pionniers pour une souveraineté en action
L'adoption de l'IRN par des acteurs tels que RTE, la SNCF, Docaposte, Orange ou la Caisse des Dépôts n'est pas une simple démarche de conformité. Pour ces Opérateurs d'Importance Vitale (OIV), la souveraineté technologique relève de la sécurité nationale. Si l'infrastructure numérique d'un gestionnaire de réseau électrique est compromise par une décision extraterritoriale, c'est tout l'équilibre du pays qui vacille.
Les dirigeants de cette coalition expriment une urgence partagée :
Les dirigeants de cette coalition expriment une urgence partagée :
- Xavier Piechaczyk (RTE) : « Notre résilience numérique est aussi critique que l’équilibre du réseau électrique. »
- Olivier Vallet (Docaposte) : « L’IRN incarne l’intérêt général en faisant de la résilience numérique une priorité stratégique pour tous. »
- Fabrice Bakhouche (Ouest-France) : « Sans souveraineté technologique, pas d’indépendance éditoriale. »
6. conclusion : vers un nouveau paradigme organisationnel
L'analyse de ces deux initiatives révèle que le frein majeur n'est plus la technologie, mais l'inertie des structures. Comme le souligne l'analogie de David Djaïz , l'arrivée de l'IA aujourd'hui rappelle celle des calculatrices en leur temps : la question n'est pas l'outil, mais la mutation de l'organisation pour l'intégrer sans perdre son sens critique ni son autonomie.
Le refus du changement est la pire des stratégies. L'Observatoire et l'IRN sont les premières pierres d'une architecture de défense économique. Ils permettent de sortir de la stupeur pour entrer dans une gestion proactive des dépendances. À l'heure où l'IA redéfinit les rapports de force, intégrer ces outils de mesure est la condition sine qua non d'un numérique citoyen, capable de protéger le destin technologique et démocratique de l'Europe.

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