Géopolitique

Sanctuariser sans déposséder : l’avenir du Groenland appartient aux Groenlandais. Réaction de Giuseppe Gagliano à l'article d'Alexandre Marciel


Jacqueline Sala
Lundi 12 Janvier 2026





Votre proposition tombe juste, et surtout elle remet l’ordre des priorités à l’endroit. Le Groenland n’est pas une île « à prendre » parce que la glace recule, c’est un point de bascule planétaire. Le traiter comme un gisement ou comme un avant-poste militaire, c’est confondre opportunité tactique et risque stratégique. Vous avez le mérite de rappeler une évidence que beaucoup n’osent plus formuler : la question climatique n’est pas un sujet parmi d’autres, c’est la matrice qui recompose toutes les autres rivalités, de la sécurité aux routes maritimes, des métaux stratégiques aux équilibres sociaux.

L’idée de sanctuarisation n’est pas une posture morale, c’est un outil de désescalade. En donnant au Groenland un statut international clair, fondé sur la neutralité, la recherche et la protection environnementale, on réduit mécaniquement l’espace des malentendus, des coups de force et des surenchères. Ce n’est pas une utopie juridique : le droit international évolue précisément quand une réalité nouvelle impose des garde-fous. Les précédents existent, qu’il s’agisse de régimes de neutralité, de protections patrimoniales ou de grands cadres de coopération scientifique. L’enjeu est d’adapter ces logiques à un territoire qui concentre à la fois vulnérabilité climatique et appétits géopolitiques.

Votre texte est aussi précieux parce qu’il appelle la communauté scientifique à sortir de la réserve médiatique. Le Groenland est un laboratoire à ciel ouvert : fonte des glaces, niveau des mers, circulation océanique, biodiversité, rétroactions climatiques. Laisser ce laboratoire être redéfini par une logique extractive ou par une logique de puissance, c’est accepter que la connaissance devienne un sous-produit de la compétition.

Enfin, le fait d’intégrer explicitement les droits et l’autonomie des populations groenlandaises est essentiel : sanctuariser ne peut pas signifier déposséder. Au contraire, cela doit renforcer leur capacité à choisir, à contrôler, à bénéficier de la recherche et à préserver leur territoire. En somme, votre appel n’est pas contre quelqu’un, il est pour un intérêt supérieur : éviter que l’Arctique devienne le prochain accélérateur d’une crise mondiale déjà hors norme.