Un monde entré dans l’hiver géopolitique
L’année 2025 aura marqué un basculement.
L’investiture de Donald Trump en janvier a symbolisé, pour de nombreux économistes, l’entrée dans un « hiver géopolitique » appelé à durer. Le multilatéralisme s’essouffle, les alliances se recomposent et les interdépendances, autrefois synonymes d’efficacité, deviennent sources de vulnérabilité. Selon Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier, cette nouvelle ère s’accompagne d’une double rupture : géopolitique d’une part, avec la fin d’un cycle de relative stabilité, et économique d’autre part, avec des conditions d’affaires profondément bouleversées.
Dans ce contexte fragmenté, l’autonomie redevient un impératif stratégique. Mais ce virage exige des financements massifs, au moment même où les dettes publiques atteignent des niveaux préoccupants, notamment en Europe. Pour les entreprises, la situation n’est guère plus confortable : les règles du commerce international évoluent à un rythme tel que la planification devient quasi impossible. La visibilité, déjà réduite en 2025, pourrait encore se dégrader en 2026.
La guerre tarifaire américaine, un facteur d’instabilité supplémentaire
La guerre commerciale engagée par les États-Unis depuis le “Liberation Day” du 2 avril 2025 continue de peser sur l’économie mondiale. Si les marchés ont mieux résisté qu’attendu, les prochains mois pourraient être marqués par de nouveaux rebondissements. L’un des points de tension majeurs concerne l’usage de l’IEEPA, la loi d’urgence nationale mobilisée pour imposer des droits de douane généralisés. Plusieurs contentieux sont en cours, et la Cour suprême pourrait juger que ce fondement juridique n’est pas adapté à une telle politique tarifaire.
Un tel scénario ouvrirait la voie à d’autres instruments légaux, comme la section 122 du Trade Act de 1974, permettant d’instaurer temporairement un tarif de 15 %, ou la section 301, plus puissante mais nécessitant des enquêtes longues. Autant d’options susceptibles d’alimenter l’incertitude et de perturber davantage les chaînes de valeur mondiales.
La France face au dilemme de la dette et de l’autonomie
Dans ce climat global de tensions, la France doit composer avec une dette publique de 3 482 milliards d’euros et un déficit qui devrait rester proche de 5 % du PIB en 2026. Pour Samy Chaar, la capacité d’un pays à s’endetter dépend de l’équilibre entre finances publiques et épargne privée.
Sous cet angle, la France conserve une certaine marge de manœuvre grâce à un compte courant proche de l’équilibre. Mais tout dépendra de l’usage de la dette : financer l’autonomie et la résilience économique rassurerait les marchés, tandis que des dépenses jugées non productives pourraient au contraire dégrader la confiance.
Les débats budgétaires de fin 2025 illustrent ce tiraillement. Le rejet partiel du projet de loi de finances, puis l’adoption d’une loi spéciale en attendant la reprise des discussions, témoignent de la difficulté à concilier impératifs stratégiques, contraintes sociales et discipline budgétaire.
Vers une économie durablement sous tension
Un constat s’impose : l’économie mondiale évolue désormais dans un environnement où les repères traditionnels s’effacent. L’hiver géopolitique, la recomposition des règles commerciales et les arbitrages budgétaires complexes imposent aux États comme aux entreprises une adaptation rapide.
La visibilité, jadis considérée comme acquise, pourrait rester durablement brouillée.

Accueil